Patrimoine et pandémie. Des traditions religieuses contre les épidémies en Belgique

Patrimoine et pandémie. Des traditions religieuses contre les épidémies en Belgique


À l’heure du coronavirus, replongeons dans l’histoire de notre région à travers ses grandes épidémies. Exemples des processions en Belgique, à Tournai, Bruges et Mons.

La procession de Tournai
En Belgique aussi, les pandémies ont donné lieu à des traditions religieuses. (©DR)

À l’heure du coronavirus, replongeons dans l’histoire de notre région à travers ses grandes épidémies. Exemples des processions en Belgique, à Tournai, Bruges et Mons.

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La « Carmesse » de Mons

La procession du « Car d’or » à Mons en Belgique, attestée depuis le XIIIe siècle, commémorant la dédicace (« ducasse ») de la collégiale, était jadis également une « procession de peste ».

Au dimanche de la Trinité, on sort à travers les rues de la ville les reliques de Sainte Waudru, patronne de Mons, afin d’implorer son aide contre le Mal, et les maux.

À Bruges, le « Saint Sang »

La procession du Saint Sang à Bruges (on sort le St Graal lors de l’Ascension) – connue dans l’Europe entière depuis la participation aux croisades de plusieurs comtes de Flandre – attire toujours des dizaines de milliers de visiteurs depuis 1304.

Durant la procession du Saint Sang à Bruges.
Durant la procession du Saint Sang à Bruges. (©Diocèse de Bruges)

Au retour de croisade en 1147, Léonius de Furnes rapporte de Jérusalem la relique du Saint-Sang (le sang du Christ qui aurait coulé de sa blessure au flanc droit lors de sa crucifixion). En 1150, il la dépose dans l’église. En 1923, l’église devient la basilique du Saint-Sang.

La confrérie du Saint-Sang entretient la tradition liée au Saint-Sang. À l’Ascension tous les ans, ce sont 1700 figurants, 250 musiciens, 13 chars et plus de cent cinquante animaux qui défilent dans les rues. L’édition 2020 n’aura pas lieu cette année à cause du coronavirus. Rendez-vous le 13 mai 2021.

Certaines de ces manifestations d’origine religieuse succombent parfois à un phénomène de « carnavalisation » touristique ou de « folklorisation » commerciale.

La Grande Procession de Tournai depuis 900 ans

Chaque année, le deuxième dimanche de septembre, cette procession, elle aussi en habits médiévaux, parcourt les rues de cette ville bimillénaire.

Elle plonge ses racines au Moyen-Âge, exprimant la fidélité durable des Tournaisiens à une promesse vieille de plus de neuf siècles (une seule exception : 1566, lors des saccages commis par les protestants).

L’archevêque de Lille, Mgr Ulrich, entre le bourgmestre et l’évêque de Tournai.
L’archevêque de Lille, Mgr Ulrich, entre le bourgmestre et l’évêque de Tournai. (©DR)

Depuis l’an 1089, une « peste » ravageait le Hainaut, la Flandre, le Brabant. La population venait chercher secours et réconfort à la cathédrale de Tournai, dédiée, comme la majorité des sièges d’évêchés, à la Vierge Marie.

Radbod, évêque de Noyon et Tournai, avait invité les fidèles à un jeûne collectif le vendredi 13 septembre 1090. Il lança le samedi 14 septembre 1092, fête de l’Exaltation de la Croix, une procession de supplication autour de la ville attaquée par la maladie, avec ostension de reliques des saints, dont celles, très vénérées depuis le VIe siècle, de Saint Piat et de Saint Éleuthère.

La prière du peuple et de Radbod fut entendue : le fléau se calma. Pour un temps… Radbod demanda au peuple de renouveler la procession chaque année en signe de fidélité au message du Christ et de reconnaissance à Marie.

Ces dernières années, le public des fidèles pouvait voir, dans la tribune d’honneur sur la Grand Place, l’archevêque de Lille placé entre le bourgmestre et l’évêque de Tournai, rappelant que, jusqu’à la Révolution, Lille était un doyenné du diocèse de Tournai et que, là comme ailleurs dans ces contrées, aux mêmes maux terrestres, on appliquait jadis les mêmes remèdes surnaturels.

Jean-Louis Pelon



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